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Centre d'éducation à la Résistance et à la Citoyenneté

Aide mémoire 59

Éditorial : Quand on associe et réduit systématiquement un individu à sa couleur de peau...

Jamin, Jérôme
n°59, janvier-mars 2012

am59Quand on associe et réduit systématiquement un individu à sa couleur de peau, sa religion ou son origine, apparaît le racisme ; et de la même manière lorsqu’on associe et limite par principe un individu à son sexe, apparaît le sexisme. Racisme et sexisme fonctionnent en miroir même s’il n’est pourtant pas rare d’entendre un individu raconter des blagues sexistes tout en se prétendant hostile au racisme. À bien y regarder, le fil conducteur entre les deux passe par le stéréotype qui a pour objectif de rassurer face à l’inconnu, le stéréotype permet à l’esprit anxieux de réduire un individu aux prétendues caractéristiques de son groupe, ou au contraire de réduire l’ensemble d’un groupe aux particularités d’un de ses membres. Dans le premier cas, on dira que « parce que les étrangers sont des profiteurs, notre voisin qui est un étranger est probablement un profiteur » (généralisation du groupe à l’individu, du tout à la partie) ; dans le deuxième cas, on dira que parce que « notre collègue de bureau est une femme et ne sait visiblement pas conduire, il faut en déduire que toutes les femmes ont un problème au volant de leur voiture » (généralisation de la partie au tout). 

Racisme et sexisme fonctionnent de la même manière et malgré ses drames et ses souffrances, l’année 2011 a permis de briser de nombreux stéréotypes ! 

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Vers un "encolèrement" salvateur?

Cornil, Jean
n°59, janvier-mars 2012

am59 encolerement_salvateur« Le rêve démocratique était d’élever le prolétaire à la hauteur de la bêtise du bourgeois.  Ce rêve est en partie réalisé. »
(Gustave Flaubert)

Nous pourrions imaginer, et peut-être avec quelque pertinence, que tout l’effort de l’homme est de s’arracher à la nature et à tous les déterminismes qui enserrent sa pensée et ses actes. S’émanciper du cadre de l’espèce et des fixations biologiques par les neurosciences voire le trans-humanisme. Conquérir des sphères d’autonomie par la connaissance de nos conditionnements socio-historiques, en maîtrisant la philosophie de Karl Marx et de Pierre Bourdieu, entre autres. Se construire soi-même par le dévoilement de son parcours et de son passé, notamment familial, grâce à la psychanalyse. Trois étapes, à jamais inabouties, qui symbolisent l’élan, volontaire et patient, pour quitter les terres de l’aliénation et des forces qui nous conduisent, à notre insu le plus souvent, pour tenter de gagner une lumineuse clairière où nous serions un peu moins étrangers à nous-mêmes. À chacun de cheminer. Comprendre, c’est commencer à désobéir.

En parabole, l’histoire, collectif des hommes, aurait-elle aussi son itinéraire, du matérialisme historique à la phénoménologie de l’esprit comme guides possibles du long voyage, partant des sombres temps de l’obscurantisme et du totalitarisme, de l’antiquité à sa plus atroce forme moderne, jusqu’à la démocratie la plus accomplie en ce nouveau début de millénaire. Tant et tant de siècles pour échapper au joug du transcendant et des despotes. Un idéal des Lumières pour progresser pas à pas vers un système représentatif qui corresponde aux aspirations de la diversité infinie  des citoyens.  Un exemple marquant s’incarne dans bien des pays d’Amérique latine, transportés en quelques décennies des plus atroces dictatures en véritable printemps des peuples andins. Et un seul regard sur la rive sud de la Méditerranée montre que les basculements imprévisibles constituent sans cesse des embranchements potentiels de notre destin commun pour la conquête de l’autonomie politique.

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Les skinheads néonazis sont-ils de retour?

Abramowicz, Manuel
n°59, janvier-mars 2012
 
am59 skinheads_neonazis_retourDans les années quatre-vingt, une partie des « crânes rasés » a été recrutée par l’extrême droite. En trompe-l’œil, ils ont ensuite souvent caractérisé celle-ci. Récemment, une « division Wallonie » de Blood & Honour, organisation internationale de skinheads néonazis, a vu le jour dans la région de Charleroi. Son apparition prouve les liens maintenus de formations électoralistes nationalistes avec des jeunes radicaux toujours adeptes du nazisme et de sa violence endogène.  

Au début du mois de septembre dernier, RésistanceS.be  , le web-journal de l’Observatoire de l’extrême droite (www.resistances.be), révèle le lancement d’un nouveau groupe néonazi en Belgique. Il s’agit de la « division Wallonie » de Blood & Honour (B&H), une organisation internationale de skinheads néonazis (voir notre glossaire). Le nom de cette section régionale et l’emblème qu’elle a pris font directement références à la « Division Wallonie » de la Waffen SS, incarnée durant la Deuxième Guerre mondiale par Léon Degrelle.

La nouvelle « division » locale de B&H est sous la responsabilité d’un ouvrier de la région de Charleroi qui agit sous le pseudonyme de « Chris Demart ». Il est en contact avec la « division Vlaanderen » de la même organisation internationale, implantée en Flandre depuis les années nonante. Le lancement officiel de la « division Wallonie » est prévu, quelque part en Belgique, pour le 1er octobre, lors de l’ISD Memorial (voir notre glossaire), coorganisé avec les flamands de Blood and Honour.

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Comme une page qui se tourne!

Marchal, Philippe
n°59, janvier-mars 2012 

am59 comme_une_page_qui_se_tourneIl avait nonante ans et il nous a quittés le 27 octobre dernier. Un passeur s’est éteint et nous appréhendons déjà ce vide immense. Il y a des silences assourdissants et des absences irremplaçables. Il y a surtout des mots qui sont vains pour exprimer la profonde tristesse que nous ressentons. Au-delà de l’émotion, c’est une page qui est tournée et nul ne pourra plus jamais vibrer au témoignage de ce grand résistant. Bien sûr, nous savions que cette disparition était inéluctable mais, avec le temps et avec l’habitude, nous avions fini par penser que la vie serait plus forte. Tant de récits, tant d’anecdotes, tant de questions… pour exprimer la honte d’événements définitivement inacceptables... et avec quelle humilité ! Qu’allons-nous dire maintenant aux générations de demain ? Avec quelle légitimité allons-nous continuer à passer ce qui était sa raison d’être… lui, si viscéralement attaché à la démocratie et à notre liberté ? Et cette question cruciale : pourquoi continuer ? Pourquoi évoquer une histoire qui s’éloigne de plus en plus et que certains nient déjà ? Paul Brusson était un homme courageux, volontaire et opiniâtre à transmettre sans cesse un message qui sera toujours actuel : 

« Aux jeunes … Restez les sentinelles attentives de votre futur. Refusez les nationalismes ou toute idéologie éloignée de la solidarité et de la fraternité. »

Dès le début de la guerre, il s’est engagé très activement dans la Résistance au sein du mouvement « Solidarité » du Front de l’Indépendance, ce qui lui vaudra d’être arrêté par la Gestapo, le 28 avril 1942, à la veille de ses 21 ans et déporté pendant plusieurs années dans les camps de concentration de Mauthausen-Gusen (Autriche), Natzweiler-Struthof (France) et Dachau-Allach (Allemagne)… Mais heureusement, l’histoire continue :

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Entretien : Langage et démocratie

Starquit, Olivier / Paulus, Julien
n°59, janvier-mars 2012
 
am59 Langage_democratieL’idéal démocratique prôné par les philosophes des Lumières visait à libérer l’individu des chaînes qui pouvaient entraver son libre-arbitre et l’empêcher d’agir et de réfléchir en citoyen autonome, critique et responsable. Mais que reste-t-il de ce projet philosophique dans nos démocraties contemporaines ? Dans son dernier ouvrage publié aux Territoires de la Mémoire, Olivier Starquit pose le constat inquiétant d’une dilution progressive des valeurs qui ont fondé nos sociétés démocratiques. Loin d’être le produit des circonstances, cette dilution s’inscrit, selon lui, dans une évolution de la pensée.

Langage et démocratie
Entretien avec Olivier Starquit
Maître en relations internationales et en politique européenne, coordinateur des 
Amis du Monde diplomatique de Liège

Julien Paulus : Votre livre s’intitule L’extinction des Lumières : vers une dilution de la démocratie ? Quel lien faites-vous entre des philosophes du XVIIIe siècle – les Lumières – et la démocratie contemporaine ?

Olivier Starquit : En fait, même s’il s’avère compliqué de définir exactement de quoi on parle quand on évoque les Lumières – sans oublier qu’elles s’accommodaient également aisément du maintien de l’esclavage –, je pars du modèle que représentent les Lumières et qui privilégie ce qu’on choisit et décide soi-même (un modèle où l’autonomie individuelle, citoyenne et collective a le dessus sur les déterminismes sociaux) ; un modèle où le citoyen est émancipé et critique ; un modèle où la raison a pris le dessus sur l’obscurantisme ; enfin, un modèle où une communauté de citoyens est liée par un contrat social et non par une autorité despotique.

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