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Nouvelle attaque de l’UDC contre l’islam

Par Sébastien Chazaud

 

ChazaudEn Suisse, les initiatives populaires sont un excellent moyen de porter un sujet donné dans le débat public. Il s’agit, concrètement et dans les grandes lignes, d’une modification de la constitution pouvant être demandée par tout citoyen suisse. Il convient de récolter 100.000 signatures en 18 mois pour que le texte soit soumis au vote des citoyens. C’est via ce processus qu’avait eu lieu, le 29 novembre 2009, la votation suite à laquelle la construction de minarets avait été interdite en Suisse.

Le 11 octobre 2017 a abouti l’initiative populaire fédérale « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage ». Il s’agit d’une nouvelle attaque de l’Union démocratique du centre (UDC) contre l’islam. Nous allons nous efforcer de démontrer cette affirmation.

 

Que dit le texte ?

  1. Nul ne peut se dissimuler le visage dans l’espace public, ni dans les lieux accessibles au public ou dans lesquels sont fournies des prestations ordinairement accessibles par tout un chacun ; l’interdiction n’est pas applicable dans les lieux de culte.
  2. Nul ne peut contraindre une personne de se dissimuler le visage en raison de son sexe.
  3. La loi prévoit des exceptions. Celles-ci ne peuvent être justifiées que par des raisons de santé ou de sécurité, par des raisons climatiques ou par des coutumes locales.[1]

Il convient tout d’abord de noter que l’islam n’est pas cité dans le texte. En revanche, il est précisé que « l’interdiction n’est pas applicable dans les lieux de culte ». Autrement dit, on cible notamment des personnes qui se dissimuleraient le visage pour un motif religieux. Ensuite, il est question de « contraindre une personne à se dissimuler le visage en raison de son sexe ». Difficile de ne pas songer, dans cet extrait, à la rhétorique qui avait été employée durant la campagne des minarets. En effet, même si le texte de l’initiative en question concernait cet élément architectural, le débat avait dérivé sur l’islam de façon globale, ainsi que sur les droits des femmes et des homosexuels. Enfin, l’exception « des coutumes locales » permet de distinguer des pratiques en phase avec la vision chrétienne et occidentale qu’a l’UDC de la Suisse, l’islam étant représenté par ce parti comme un système juridique incompatible avec l’État de droit valable dans le pays, comme un élément extérieur.

 

Les initiateurs du texte

Intéressons-nous à présent aux personnes ayant lancé cette initiative. Il s’agit du Comité d’Egerkingen, le même groupement à l’origine de la campagne contre les minarets. Formellement, il ne s’agit donc pas de l’UDC elle-même. Toutefois, il faut relever que le comité d’initiative contre la construction des minarets comprenait 16 personnes, dont 14 membres de l’UDC et 2 de l’Union démocratique fédérale (UDF), un petit parti chrétien de droite. Celui pour l’interdiction de se dissimuler le visage comprend 27 personnes dont 16 politiciens de l’UDC parmi lesquels le Valaisan Oskar Freysinger, très actif durant la campagne contre les minarets. Autres partis représentés : l’UDF (3 personnes), le Parti libéral-radical, la Lega dei Ticinesi et les Démocrates suisses (une personne chacun).

Une autre remarque que nous pouvons faire concernant la composition de ce comité est qu’il compte plusieurs Tessinois en son sein. Le canton du Tessin a déjà interdit de se dissimuler le visage dans l’espace public, suite à une votation en 2013. D’ailleurs, la personnalité à l’origine du texte en question, Giorgio Ghiringhelli, fait partie de 27 personnes évoquées ci-dessus. Fin 2017, c’est le parlement du canton de Saint-Gall qui a voté une loi de ce type. Il faut relever que, dans le cas saint-gallois, l’UDC n’était pas seule mais accompagnée par le Parti démocrate-chrétien (PDC), quatrième parti du pays.

 

AM84 pp.6 7 Oskar Freysinger ccHamaLes arguments avancés

Après avoir relevé ce que demande le texte « Oui à l’interdiction de se dissimuler le visage » et pris note de la composition du comité d’initiative, il convient d’examiner les arguments proposés. À l’heure où nous mettons un point final à cet article (12 mars 2018), le site Internet des initiateurs ne propose pas encore d’argumentaire. Néanmoins, plusieurs éléments nous confortent dans notre intuition, c’est-à-dire que l’islam est la cible du texte.

Tout d’abord, le visuel proposé présente deux personnages : un homme à casquette brandissant un cocktail Molotov et une femme portant le niqab. Cette femme figurait déjà sur des affiches pour l’interdiction de construire des minarets et contre les « naturalisations en masse ». Ensuite, la page d’accueil du site des initiateurs évoque le cas d’« une musulmane française [ayant] déposé plainte […] auprès de la Cour européenne des droits de l’homme[2] ». Le Comité d’Egerkingen propose également un communiqué de presse rappelant que « d’autres pays européens comme la France, la Belgique et les Pays-Bas ont prononcé une interdiction du port de la burqa […] par voie parlementaire[3] ». Un visuel présente une citation du conseiller national et membre du comité Jean-Luc Addor : « Ici, c’est chez nous ! Ce sont nos lois qui s’appliquent, pas celles des autres[4] ! » Un autre[5], reprenant des propos de la politicienne de l’UDC Christine Bussat, est disponible sur la page Facebook des initiateurs[6] : « Par la soumission à l’homme qu’il représente, le voile intégral n’a rien à faire dans notre pays où l’égalité des sexes est inscrite dans la constitution ! » Par ailleurs, l’examen de la liste des initiants montre que nombre d’entre eux s’intéressent de près à l’islam. Nous avons déjà cité Oskar Freysinger, dont la notoriété provient principalement de son combat pour l’interdiction des minarets, et nous venons de citer Jean-Luc Addor, condamné pour discrimination raciale en 2017 après avoir écrit sur Twitter et Facebook « On en redemande ! » à la suite d’une fusillade ayant fait un mort dans une mosquée suisse. Christine Bussat, quant à elle, a voulu organiser une manifestation contre le Musée des civilisations de l’islam à La Chaux-de-Fonds en 2016. Enfin, un examen des titres d’articles de presse montre que, pour les journalistes, la cause est entendue, aussi bien côté romand (francophone) qu’alémanique (germanophone) : on parle d’initiative anti-burqa.

 

En conclusion…

Pour conclure, nous pouvons établir que l’initiative dont il est question dans cet article est menée par l’UDC et vise principalement l’islam. Les points communs entre ce combat et celui contre les minarets, sur lequel nous avons beaucoup écrit, sont nombreux et évidents. Dans les deux cas, nous observons une campagne politique menée principalement par l’UDC et rebondissant sur des événements locaux, ce qui nous amène à penser que le parti agrarien n’a pas un agenda précis face à l’islam mais possède la capacité de réagir à des éléments pouvant sembler fort mineurs de prime abord. En effet, il faut rappeler qu’il n’y avait que quatre minarets lorsque la campagne pour l’interdiction d’en construire de nouveaux a débuté et que le nombre de personnes ayant déjà été amendées pour s’être dissimulé le visage au Tessin se compte sur les doigts de deux mains[7].

 

 


[1] Site officiel de la chancellerie fédérale : https://www.bk.admin.ch/ch/f/pore/vi/vis465t.html.

[2] http://www.interdiction-dissimuler-visage.ch, consulté le 12.03.2018.

[3] http://www.interdiction-dissimuler-visage.ch/actualites/communiques-de-presse/lancement-de-l-initiative-populaire-oui-l-interdiction-de-se-dissimuler-le-visage, consulté le 12.03.2018.

[4] http://www.interdiction-dissimuler-visage.ch/data/imagegallery/01520dd2-4c01-e413-27b4-97b1facc0dac/bca32959-6937-98a6-a55b-88e80ff8acf7.jpg.

[5] https://scontent-frt3-2.xx.fbcdn.net/v/t1.0-9/13921180_591329504371499_2347083081602066020_n.jpg?oh=d6660155743a7a07a6efb3bdf353f52d&oe=5B46E159.

[6] https://www.facebook.com/interdictiondissimulervisage.

[7] https://www.tdg.ch/suisse/loi-antiburqa-suissesses-amendees/story/17447301, consulté le 12.03.2018.

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